mardi, 03 juin 2008
Grafik Pantin Komando S01, E02
Nouveaux motifs, nouveaux slogans!
La deuxième vague est arrivée.
Alors que la curiosité se déchaîne, que les affiches s'arrachent littéralement, deux nouveaux dessins, deux nouveaux slogan sont affichés!
Demain matin je pars acheter mon pain avec l'appareil photo.
Pourvu que les "imprimeurs du GPK" ne partent pas en vacances cet été!!!
Collez, collez! ça adhère!
14:25 Publié dans billets, l'entrée en campagne, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grafik pantin komando, serigraphie publique, imprimeurs, liberté d'expression, pantin, gpk
dimanche, 25 mai 2008
Les pates augmentent? mangez du pavé
Depuis quelques jours je m'arrête devant les panneaux d'affichage municipaux parce qu'entre les listes "en mode icône" sur papier glacé des conventionnels remerciements électifs et les photocopies attendrissantes d'assoce ou le flashy de concerts hors circuit , fleurissent de singuliers dessins .
D'étranges dessins, dérangeant la norme graphique, viennent attirer le regard blasé du passant pollué d'images.
Des dessins Fred! des dessins imprimés!
Fred, tu sais toi l'imprimeur quand tu touches et que tu sens l'encre et du coup, le coup de crayon du mec qui a fait le dessin, le même qui l'a pensé d'ailleurs.
Tu sais toi, tu connais, de la quelque chose graphie.
Tu sais c'est une belle feuille de papier, un bon, bien épais, bien bandant à la main pour que le regard le prenne tout entier. Présent au toucher, bruissant clair à l'oreille et bien docile à l'encre, bien accrocheur au jus de seiche.
Voilà ce qui à fleurit sur les panneaux autour du parc (et j'espère dans toute la ville), de la belle image, mais physique, de la belle ouvrage d'imprimeur. ca sens bon le papier et la colle. La technique des artisans qui l'ont sorti de la machine, qui l'ont vérifiée bien séchée, avant de la mettre sur le tas et puis qui la colle.
De la belle ouvrage je te dis, tout comme tu aimes, tout comme ton père, pareil je te dis.
Parce que c'est pas que de l'image pour faire joli, c'est de la sérigraphie collée à l'anglaise, parce que c'est de l'image pour ravir l'amateur mais aussi de l'image pour choquer le bourgeois, façon de dire bien sûr!
Qui parle de politique Frédot, de l'image à 200 balles le collector, mais qui s'en fout et se colle sur les panneaux d'affichage municipaux. A la gueule des gens, un peu comme tes chansons du temps de la marmaille, de la conviction sans concession.
Ouais mon Frédot, l'imprimerie. Le premier progrès technologique à avoir servi à diffuser la "mauvaises graines".
Ça s'appelle Grafik Pantin Komando. Tu vas admirer le travail, adorer les idées et kif-fer la liberté de ton, le tien.
Ça sent bon la commune. La mienne, la leur apparemment et puis celle d "'il était une fois après Sedan".
tu vois bien que l'avenir est en ville. LOL
00:55 Publié dans billets, l'entrée en campagne, Témoignage, The Voices | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : art graphique, grafik pantin komando, imprimerie, gutemberg, presse, affiche urbaine
jeudi, 22 mai 2008
pyramide des âges
J'ai le genou fracassé d'avoir forcé le boulot pour offrir aux pauvres un bout de campagne.
Alors je suis devant mon clavier, la béquille à portée de faiblesse et je m'ennuie.
Autour de moi, les vieux s'épanchent sur leur corps qui part en quenouille et râlent comme d'habitude dès qu'ils sont dans une file d'attente pour une radio ou une mammographie ou un truc qui va rassurer leur hypocondrie et coûter bonbon à la Sécu.
Faut dire que le pays vieillit si tellement que ça en devient suffocant.

C'est pathétique des vieux enfants gâtés qui font des caprices.
Réparées à l'oeil, leur tuyauterie hors norme et leur viande avariée n'en continuent pas moins et encore d'exiger la santé et de produire du venin.
Il m'arrive de vouloir rétorquer à leur haine de ce qui sent le frais, une haine de ce qui sent le moisi.
Contre "il leur faudrait une bonne guerre" un bon " Il faudrait au pays une bonne canicule".
Allez les vieux au compost! Finir dans la dignité c'est une chose, mais finir encore utile c'est mieux.
Je me fais chier et je m'emporte.
Goûte-moi ça ! C'est bon hein!
A l'attention des prompts à la choquerie compulsive, je précise que ces propos ne reflètent en rien une pensée eugéniste et malsaine, juste une humeur.
20:10 Publié dans , billets, Musique, Témoignage, The Voices | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : racisme anti jeune, racisme anti vieux, pyramide des âges, occident
dimanche, 18 mai 2008
le fou, Colette et la peronnelle
Ecco fatto! comme disent les Italiens.
Les grillons sont dans la place.
Après la réflexion et le travail sur le visuel (moins de pelouses plus de prairies), sur le tactile (plus de branchages disponibles pour les cabanes des enfants), sur l'odorat (plus de floraisons odorantes), sur le goût (plus de plantes comestibles), il fallait aller jusqu'au bout de l'idée et s'occuper de la musique.
C'est fait. On a lâché les grillons. 
Leur génération sort d'une boîte en plastique destinée à la nutrition des reptiles de compagnie.
Sauf que leurs parents au lieu de finir dans l'estomac d'un reptiles de terrarium ont pu copuler en terrarium. Un minimum de chaleur et d'humidité et, par dizaines ils ont éclos tout translucide et aussi gros que des aleurodes.
Nourris au quartier d'orange et à la nourriture pour poisson d'acquarium, ils ont passé leurs nombreuses mues et sont devenues adultes avec succès.
Sauf qu'adultes, le grillon ça veut génétiquement et rapidement se reproduire. Alors c'est la foire dans le terrarium décidément peu adapté, par l'espace, à l'instinct territorial des mâles et à la frénésie de pondre des femelles.
Ceux-là dont je parle sont des Gryllus bimaculatus, des grillons méditerranéens pour faire court. Et avoir une population de chanteurs du Sud destinés à couvrir un territoire équivalent à un hectare de pleine campagne dans un appartement de 30 m2 ça donne... vite la migraine.
Alors l'idée de la musique pour le Parc D. est redevenue d'actualité, pressante même pour la qualité du sommeil dans mon appartement.
Juste un petit stage de quelques jours du terrarium sur une fenêtre exposée plein sud pour les habituer aux variations de luminosité et de chaleur et direction le local de travail du Parc D.
Un transit encore de quelques jours dans une vieille malle de récup avec du foin (coupé et séché tout exprès au Parc D.) et direction le Parc.
Le 16 du mois courant, la malle dans la brouette le téléphone sonne pour m'annoncer que C. celle qui avait jardiner le parc D. bien avant la Déshérence et l'Abandon du lieu venait nous faire visite. "Viens donc ma Soeur! je te paierai les intérêts du capital que tu m'as donné pour monter cette entreprise!"
C. est la seule personne qui m'ait donné le viatique dans mon entreprise pour reprendre la friche, réinvestir le lieu, faire renaître le Parc D.
"Il n'est pas de hasard, il est est des rendez-vous, pas de coïncidence."
C. est Petite Soeur des Ouvriers, religieuse au milieu du siècle, femme de caractère et de conviction au milieu de la déliquescence de la culture ouvrière, solide, résistante, catholique et aussi cégétsite, va comprendre François!.
Une femme d'honneur, une âme intelligente et surtout quelqu'une de positive.
Nous nous sommes donc retrouvés moi le cinglé au dire de mes collègues, C. la bonne soeur et La péronnelle, l'apprentie que l'on me concède quand le boulot abonde, des petits insectes dans le creux de nos mains à courir le Parc D. pour les y déposer là dans les possibles endroits d'une survie au grand air.
La péronnelle s'est donc inquiété de la possible dangerosité des animaux pour ses mains idiotes, C. s'est donc inquiété de savoir si elle avait lâché les grillons au bon endroit et moi je me suis donc inquiété de savoir si ce temps à l'orage n'allait pas compromettre cette folie.
A toi! ma soeur en humanité, à toi! ma complice dans l'audace de ce métier, et sur cette terre que les puissants stigmatisent : que le Dieu auquel tu crois aussi bellement te bénisse.
18:16 Publié dans Delirium Très Mince, La Chronique du Parc D., Musique, Science, Témoignage, The Voices | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grillons, acclimatation, introduction insecte, religieux engagé, peronnelle
mercredi, 14 mai 2008
allez ! le dernier pour la route...
L'année dernière je découvrais les grillons et du coup j'imaginais une musique pour le parc D.
En cette soirée orageuse, les pionniers involontaires lachés dans le jardin ont fini leurs dizaines de mues et rivalisent de stridulences.
Pour le plus grand bonheur de mes voisins bobo qui s'imaginent déjà leur vacances; mais consciencieux j'attends les insomnies rageuses de mes voisines dépressives et leur reproche.
Mais je m'en bats ce qui peut me pendre vu que je sais que la semaine prochaine je pourrai raconter l'introduction des Gryllus bimaculatus dans le Parc D.
lus qu'une victoire, la folie d'un ivrogne élevée au rang de contribution à la diversité biologique d'un espace urbain.
Je développerai après l'orage.
19:39 Publié dans La Chronique du Parc D., Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grillon, musique pour hlm, just do it
lundi, 18 février 2008
Elvis et La Skumba
Ce matin j'ai acheté le journal. Je voulais en savoir un peu plus sur la proclamation d'indépendance du Kosovo.
Parce qu'en 1999, par un joli mois de mai finissant, j'avais accepté de suspendre mon contrat de travail, ma vie amoureuse en construction, de confier la clé de mon appart et des procurations à un ami, de courir au supermarché du coin pour refournir une trousse de toilettes, de refroquer du kaki, de conduire un convoi de camions militaires à T., de remonter à N. pour monter dans un Transall.
Il y a 9 ans je suis parti en guerre. Réserviste volontaire de l’armée de la République qui « se professionnalisait », ma décision fut assez anachronique et assez rapide pour m’épargner les larmoiements, et les discours convenus en pareilles occasions.
Il y a 9 ans, comme pour tout le monde dans cette Europe estampillé OCDE, l’écran de ma télé me déversait depuis le milieu de l’hiver des tombereaux de réfugiés kosovars. Des tombereaux je dis, mais aussi bien des charretées, des chariots, des remorques de tracteurs agricoles, des bagnoles déglinguées, des bus essoufflés, bref: plein de gens.
Je ne sais pas pleurer du malheur des autres que je ne connais pas. Il y a 9 ans je n’ai pas non plus pleuré, juste vu ces tombereaux d’humains les poches vides et les yeux hagards.
Il ya 9 ans j’ai accepté la parenthèse de ma vie heureuse non pas à cause des regards stupides mais pour la raison que leur poches étaient vides.
En juillet 1999, basé au Sud d’un pays Albanie, sous une tente UNHCR, j’attendais les Transall qui, puisque la guerre était enfin finie, avalaient leur capacité en réfugiés pour les engloutir le temps d’un voyage afin de les réaccoucher au kosovo.
En juillet 1999, j’ai rencontré le temps de cette attente sous une tente, un vieil homme.
Au premier vrombissements audibles du Transall qui commençaient sa descente, il leva ses yeux sur moi, me regarda, m’interpella en anglais que je connais trop mal, et après quelques dénégations et propositions de langues européennes, notre rencontre fut possible en italien.
Pris depuis quelques mois entre les vapeurs de carburants que j’étais chargé de convoyer et le flot des hommes, des femmes, des enfants que je débarquais des camions quand les bacs étaient pleins, j’étais parvenu à m’isoler dans ma fonction de chef de convoi. Puisqu’il faut rester opérationnel.
En juillet 1999, j’ai rencontré un homme. Après ses remerciements pour les trois couleurs de la République que je portais en brassard, me demanda des nouvelles de mon amour, de mon boulot, des joies de mes plaisirs et des plaisirs de mon âge. J’ai tenu la conversation aussi avec des questions. Banales pour un homme. Femme, enfants, métier.
En juillet 1999, cet homme, à chacun des épisodes de sa vie, ajoutait « mi credi ? » c’est-à-dire : tu me crois ?
A la 2ème répétition, je me suis permis :
-Et pourquoi je ne vous croirais pas ? (ma perchè non La crederei ?)
Parce que qu’il n’avait plus ni livret de famille, ni acte de propriété, ni photo, ni plaque d’immatriculation, encore moins de carte d’identité et que revenir sans preuve c’est de nouveau devoir se battre pour une dignité
Vivant on peut-être mort.
Alors en ce jour de joie pour quelques pegreuleux du fin fond d’une Europe, qui est aussi la nôtre, en tout cas la mienne, je veux me souvenir d’un homme qui est monté dans un avion militaire le sourire aux lèvres et l’espoir chevillé au cerveau.
Je veux me souvenir d’une conversation, non pas en Sicile, mais en italien, dans un cirque de montagne du Sud de l’Europe.
Je comprends les questionnements diplomatiques, politiques et géostratégiques puisque j’ai repris mon cerveau de citoyen OCDE dès août 1999. Mais j’ai pour ma part et sans exigence pour les autres, mon propre devoir de mémoire.
Alors ,
Je n'ai aucune haine contre aucun serbe. Je suis d'origine polonaise et le panslavisme du sud ou du nord n'est qu'un archaïsme, un retard d'un siècle. Le nationalisme est l'échec du siècle où je suis né. Celui que nous devons construire est ignorant de nos drapeaux désuets.
Soldats de la dernière guerre du dernier siècle du dernier millénaire de mon continent, je veux espérer et construire l'avenir d'une jeunesse innoncente.
17:40 Publié dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : independance kosovo, Kfor, Afor, français Kfor, 1999 guerre kosovo, Engagement militaire kosovo, albanie
dimanche, 17 février 2008
en avant toute! ou bien ?
Voilà c'est fini! comme certains, qui ont fait espérer la génération dont je suis, le chantent.
C'est fini le blog. En tout les casle blog avec la chronique comme colonne.
Parce que cette bataille est gagnée.
C'est fini. puisqu'ils font, tout petit, la différence entre la graine et l'arbre et l'herbe. et Bien!!! Ca recommence. puisqu'aussi bien les saisons se suivent sans pouvoir jamais laisser le monde identique. Et c'est tant mieux.
Parce qu'ici, on m'avait dit que rien ne pousserait, et qu'il a poussé plus que des plantes, des regards, des questions et des étonnements et des savoirs.
Bon vent aux graines semées.
Pour ma part, je réaffirme mon espoir en l'avenir, et l'avenir des hommes : la jeunesse.
Je copie donc quelques mots d'une Vénérable, d'un Témoin, l'un de ces Phares dont la lumière permet de ne pas se perdre quand les temps s'obscurcissent :
"Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l'avenir.
Les jeunes générations nous surprennent parfois en ce qu'elles diffèrent de nous[...]. Mais cette jeunesse est courageuse, capable d'enthousiasme et de sacrifice comme les autres. Sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême."
Simone Veil, Une vie, Ed. Stock, Paris 2007.

Et je veux finir avec des voix, puisqu'aussi bien, j'ai, dans un ouvrage de vulgarisation scientifique, appris que ce qui a été diffusé sur les ondes de nos radios est immortel, alors pour l'éternité:
17:10 Publié dans billets, Delirium Très Mince, Estivales, La Chronique du Parc D., l'entrée en campagne, Musique, Science, Témoignage, The Voices, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : l'adieu aux armes, service civil, service, mon quartier, le neuf trois autrement
vendredi, 02 novembre 2007
Savoir que tout va dans la mer
J'attendais les pluies d'automne.
Pour qu'elles m'amolissent un peu les pelouses qu'il va me falloir défoncer à la barre à mine pour y cloquer à l'anglaise quelques bulbes.
Une petite carte postale anticipée pour le printemps coloré du Parc D.
Elles sont arrivées. Comme dans le souvenir des saisons passées, les pluies sont généreuses cet automne.
Je prépare avec passion, excitation et interrogation le fleurissement de printemps. Sans doute l'un des derniers des "comme on a toujours fait".
Dans 3 ans les jacinthes seront en fleur en janvier, dans 5 ans les arbres fruitiers tempérés pourront produire 2 fois l'an, dans 18 mois, on nous parlera d'une famine en Asie du Sud -Est ou en Afrique Orientale a cause de la nouriture qui sert à remplir les réservoirs de véhicules plutôt que les estomacs humains.
Alors pour une fois que le Parc D. pouvait passer pour un décor de Manzoni plutôt que l'illustration d'une rubrique du 13 Heures, j'ai fait un petit album.
20:55 Publié dans billets, La Chronique du Parc D., Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : biocarburants, pénurie céreales, pluies d'automne, Manzoni, lacs de montagnes
jeudi, 18 octobre 2007
l'avenir du monde
Dans je ne sais plus quelle lecture, un scientifique connaissant très bien et les sociétés humaines et celles des plantes disait que si toutes activités humaines cessaient en même temps et pendant 1.000 ans, le pouvoir du monde végétal aurait détruit toute trace de notre passage sur la Terre.
alors j'aime ce clin d'oeil.
Le salut du bleu. Bleu comme la planète depuis que notre espèce a pu de l'espace la résumer à une couleur. Mais quand nous aurons les yeux recouverts, il ne restera que le vert. La couleur de la planète, la seule que l'on puisse voir lorsqu'on l'arpente, qu'on y rampe, qu'on y grimpe, qu'on y sautille, y galope, y courre, bref qu'on y vit.
21:10 Publié dans billets, Science, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la force végétal, fin du monde, l'avenir de la planète, Platycerium biforcatum
jeudi, 28 juin 2007
Témoignage II
J'ai reçu une histoire de champignon.
Elle m'est envoyée par un homme qui, bien avant que je ne sois jardinier, m'a appris à penser et accessoirement à parler avec des mots qui chantent. Un peu comme ce champignon.
Bonne lecture !
C'est l'histoire d'un champignon.
Ça peut paraître étonnant, de raconter l'histoire d'un champignon. On se dit que les champignons ne sont pas très intéressants. Qu'ils ne font pas souvent parler d'eux. Qu'ils ne lisent pas les journaux. Qu'ils ne regardent pas la télé. Qu'ils n'ont inventé ni la poudre à canon, ni les frites surgelées, ni les bazookas, ni le dentifrice à la fraise (c'est vrai qu'ils n'ont pas de dents ; mais c'est peut-être juste qu'on ne les voit pas parce qu'elles sont minuscules).
On se dit que les champignons n'ont pas d'histoire.
Eh bien on se trompe !
Les champignons ont une histoire. Ils ont même des histoires. Des histoires de champignon, mais pas seulement. Ils en connaissent un sacré rayon, les champignons, sur des choses qu'on n'imagine même pas. Par exemple : est-ce que vous savez ce qu'est un zouzoubahoui ? Non ? Les champignons, eux, le savent. Et ils savent aussi comment ça se dit dans la langue fougère, dans la langue muguet, dans la langue violette des bois, dans la langue chiendent, dans la langue fraise sauvage. Et j'en passe. Les champignons parlent des tas de langues, en plus de la langue champignon : les champignons sont polyglottes.
Alors les champignons ont une histoire, et même des histoires. Des centaines et des milliers et des millions d'histoire. On se les raconte, entre champignons, le soir, à la fraîche, avant de rabattre un peu son chapeau sur ses yeux (mais oui, les champignons ont des yeux. Ah, bien sûr, pas des yeux comme les humains, ni même comme les poissons ou les abeilles. Des yeux bien à eux, il faut savoir regarder pour les voir. Un jour je vous montrerai).
Mais on se les raconte aussi entre champignons et fougères, entre champignons et violettes, entre fraises sauvages et pâquerettes, entre lilas et noisetiers. Les histoires de champignon on beaucoup de succès parmi toutes les plantes du monde.
Oui, mais, alors, direz-vous. Oui, mais, alors, pourquoi est-ce que nous, les humains, on ne les connaît pas, ces histoires-là, si elles se racontent partout et sont si intéressantes ?
Ah ça, c'est une bonne question ! Une très très bonne question. Laissez-moi réfléchir…………
Voyons…… Voyons…… Est-ce que…… non. Ou alors, peut-être…… non. Et si, ah oui, c'est ça…… à moins que…… non.
J'avoue que je n'ai pas de réponse très sûre. Pourquoi les humains ne connaissent-ils pas les histoires des champignons ? Peut-être qu'on n'a pas les oreilles pour les entendre. Ou qu'on ne comprend pas les langues dans lesquelles elles se racontent. Ou qu'on ne fait pas assez attention quand on se promène dans la forêt ou la campagne. Ou qu'on ne se promène pas assez dans la forêt et la campagne. Ou qu'on ne pense qu'à manger les champignons, ou à ne pas les manger s'ils sont vénéneux, empoisonnés quoi. Je ne sais pas. Mais en tout cas, c'est une bonne question. Les bonnes questions, souvent, ce sont celles auxquelles personne ne sait répondre. Et les mauvaises réponses, ce sont les réponses que l'on donne à ces questions-là.
Ah non, ne me demandez pas d'expliquer. Je ne peux pas expliquer. Je n'aime pas ça. Il ne faut pas dire de mensonge.
Bon. Où en étais-je ? Ah oui. Les histoires des champignons. J'en parle, j'en parle, mais on ne sait toujours pas ce que c'est. C'est… très joli. Et aussi… très étrange, si on n'est pas une plante. Et encore… très… champignon.
Vous aimeriez que j'en raconte une, j'imagine. Bon. D'accord. En voici une.
C'est l'histoire d'un champignon.
D'un champignon champion de chant. Grâce à ça, ce champignon avait pignon sur champ. Il chantait comme pas deux, et toutes les plantes venaient de tous les coins des champs pour écouter son chant mignon. Quand il avait fini de chanter, chacune repartait chez soi enchantée par le sentier qui déchend, pardon, qui descend depuis la butte où le champignon habitait. Oh, une butte, oui, mais pour les plantes. Pour un humain ou pour une vache, tout juste une petite bosse. C'est une question d'échelle. Non, pas l'échelle avec des barreaux pour monter au plafond. Je veux dire, c'est une question de proportions. De dimensions. Un cure-dents, c'est tout petit. Mais pour une fourmi c'est un gros bâton. Pour une puce c'est un arbre. Et pour un éléphant, une poussière de pas grand chose. Et c'est pareil pour les bosses, les monticules, les collines, les montagnes. Pour les géants du pays des Torrents de Ciel, une montagne comme l’Himalaya, ce n'est jamais qu'un petite bosse. Mais reprenons.
Chaque soir, juste quand l'orange-soleil commençait à effleurer la frange de l'horizon, le champignon se mettait à chanter. Et il chantait jusqu'au moment précis où la dernière lamelle de l'orange-soleil disparaissait.
Ah, je devine que certains vont me demander : et les jours où il y avait des nuages ? Les jours où on ne voyait pas le soleil se coucher ? Il chantait quand même, le champignon ?
Eh bien oui, il chantait quand même ! Car les champignons voient toujours l'orange-soleil se coucher. Les nuages ? Bah, ils voient à travers. Quand je vous le disais, qu'ils ont des yeux. Et des yeux pas comme les autres. Et qu'ils ont des histoires, même s'ils ne regardent pas la télé. D'ailleurs, à propos de la télé, c'est le contraire de ce qui se passe avec l'orange-soleil : les champignons voient toujours l'orange-soleil, même à travers les nuages. Mais ils ne voient jamais la télé.
Essayez. Mettez une télé devant un champignon. Une télé allumée ou éteinte, c'est pareil, pour un champignon c'est exactement pareil. Pas seulement pour un champignon, mais c'est une autre histoire, pour une autre fois. Donc, mettez une télé devant un champignon. Alors ? Que se passe-t-il ? Rien ! Le champignon s'en moque éperdument. Il ne la voit pas, la télé. Pour lui, c'est comme un nuage. Il voit à travers. Il voit l'orange-soleil se coucher même à travers les télés, le champignon. Et à travers à peu près n'importe quoi, d'ailleurs : les murs des prisons, les murs des maisons, les portières des fourgons, les portières des voitures, les écrans de fumée, les écrans de ciné. Ah ça ! Ils ont de sacrés bons yeux, les champignons.
Mais reprenons. Donc, le champignon chantait tous les soirs. On l'écoutait. On se réjouissait. On riait. On pleurait. On vivait. On dansait. La fougère esquissait un tango avec le chiendent. Le pissenlit invitait la bruyère à faire quelques pas de valse. La violette et le muguet s'embrassaient enlacés. C'était très bien.
Or, un soir, à l'heure du chant mignon du champignon, toutes les plantes arrivèrent au pied de sa butte et là ! Horreur. Pas de champignon chantant. Pas de champignon du tout. Envolé, le champignon. Mais non, dit le pissenlit qui connaissait la question, pas envolé : cueilli. Pour être frit. Pour être cuit. Pour être bouilli. Pour être mis en bouillie. Pour être mangé. Pour être avalé. Pour être dévoré. Pour être…
Pour être changé ! Affirma la fougère, qui s'y connaissait un peu elle aussi (dans certains endroits de la terre, les gens mangent les petites pousses de fougères en salade, et c'est très bon. Au Canada, par exemple).
Pour être changé ? dirent les autres. Comment cela ?
Voyons, réfléchissez. Notre ami le champignon a été cueilli par un humain. C'est un très bon champignon, un champignon comestible et délicieux, un cèpe tout ce qu'il y a de splendide, dans la force de l'âge. On va le gratter un peu, on va le couper en morceaux, on va le faire revenir dans un peu de beurre, on va en parfumer une omelette, et les gens qui l'ont cueilli se régaleront. Notre ami ira dans leur ventre. Et là, quand l'orange-soleil se couchera, il chantera. Et les gens qui l'auront mangé seront aussi contents que nous, quand notre ami chantait pour nous.
Oui, mais, pour nous, il chantait tous les soirs. Là, il ne va chanter qu'une seule fois. Et puis plus rien. Les sucs gastriques le dissoudront à jamais.
Erreur ! dit la fougère. Erreur ! Ceux qui vont manger notre ami ne sont pas prêts de l'oublier. Ils penseront à lui très souvent. À chaque fois qu'ils verront l'orange-soleil se coucher, ils se souviendront du chant mignon dans leur ventre, et ils seront contents. Et même mieux : bien sûr, ils ne verront pas tout à fait à travers les nuages comme nous, les plantes, mais ils sentiront quand même l'orange-soleil, même quand il fera gris et pluvieux. Soyez heureuses, amies plantes, soyez heureuses. Notre ami chante et chantera. Et pour ce soir, c'est moi qui vais chanter.
Et la fougère chanta. Elle chantait aussi bien que le champignon. Avec une voix un peu plus légère et translucide, avec une nuance de mauve plus prononcée, et un parfum de mer plus précis, mais c'était, dans un genre un peu différent, une tout aussi belle voix que celle du champignon.
Car toutes les plantes chantent merveilleusement bien. Et, chacune à son tour, chaque plante chante pour toutes les autres, qui l'écoutent, qui se réjouissent, qui pleurent, qui rient, qui esquissent des pas de danse, font des pirouettes, des acrobaties, des cabrioles, des doubles sauts arrière et avant en souriant. Et si vous n'avez jamais vu ça, si vous n'avez jamais entendu ça, allez dans la campagne ou dans la forêt, au moment exact où l'orange-soleil touche l'horizon.
Vous verrez. Tout est vrai.
19:30 Publié dans Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : c'est l'histoire d'un champignon, Christophe Mileschi, raconter des histoires, histoire pour enfants, écrire une histoire







